Entretien avec Franck NOTO

mené par Ainhoa VERNET

 

De ton expérience au sein de la sphère du graffiti à celle des expositions, tu conserves une proximité avec le regardeur. L’espace public reste-il le lieu de quintessence de monstration des questions que tu soulèves ?

Non. Aujourd’hui, mon travail se développe davantage en atelier. C’est un espace dans lequel je me sens pleinement à ma place, où je peux explorer mon geste et mes idées dans une atmosphère qui me correspond.

Érigées autour du geste libre, ta sensibilité, et ta volonté de dépouillement guident un corps en élévation constante. Comment le trait te permet de lier une technicité du graffiti aux mouvements apposés sur toile ?

C’est la même chorégraphie. Le même procédé de projection s’applique sur la toile, sans appui, comme dans la pratique murale. Le geste reste instinctif, fluide.

La suggestion est ton univers. Comment s’est construit ton rapport à ton écriture personnelle, ton langage graphique ?

J’ai conservé les codes fondamentaux du graffiti. C’est pour moi la quintessence de cette culture, et une base solide sur laquelle j’ai bâti mon langage plastique.

Ton parcours s’illustre par une technique multiple où tant pinceaux que bombes en spray, marqueurs et rouleaux se croisent sans s’imposer. Comment travailles-tu la composition d’une toile ?

Je cherche un équilibre que je valide avant tout de manière personnelle. Ce n’est pas une construction théorique mais une question d’énergie, de ressenti. La composition se dessine au fur et à mesure, jusqu’à atteindre une intensité qui me satisfait.

Ton premier choix s’oriente sur la matière, naturelle au possible, tel le lin. Omniprésente, on la retrouve dans ton jeu de textures sur toiles. Quelle influence la matière exerce-t-elle sur le message que tu souhaites transmettre ?

Il n’y a pas de message particulier dans le choix du support, mais il joue un rôle déterminant dans le rendu. Selon ce que j’ajoute en peinture, chaque surface réagit différemment. Le lin, comme d’autres matières, influence profondément l’aspect final de l’œuvre — un peu comme un mur brut, une palissade ou un mur de ville, qui portent déjà en eux une texture et une histoire sur lesquelles je viens peindre.

Ton œuvre est le résultat d’une exploration artistique aboutie, aux influences multiples et multipliées. Croisant l’univers du design avec les inspirations de grands noms du street art, quelle importance relève la transmission dans ton parcours ?

La transmission est essentielle. C’est d’ailleurs ce qui m’a conduit à créer Restanque, un tiers-lieu artistique qui accueille de jeunes artistes et propose également un programme de cours et d’ateliers pour les plus jeunes.

Tu parles de la couleur comme d’une essence, un aspect essentiel de ta vision. Qu’est-ce que l’imposition du noir et blanc pour cette exposition a pu apporter à ta réflexion créatrice ?

Je travaillais déjà le noir et blanc. Cela m’a permis de revenir à la quintessence du trait, sans la “distraction” de la couleur. On se concentre uniquement sur le geste et la composition, dans leur forme la plus pure.