« Imaginez l’image d’une feuille. Ce serait une image figurative. Maintenant, zoomez sur la feuille. À partir de quand l’image devient-elle abstraite ? Il en va de même si l’on dézoome. Une image de notre planète est-elle figurative ? Les photos de supernovæ, quant à elles, sont indéniablement très abstraites. Tout comme la beauté est dans l’œil de celui qui regarde (ou de celui qui juge), le figuratif et l’abstrait relèvent aussi du point de vue de l’observateur.
Même si la distinction entre figuratif et non figuratif n’est pas absolue, elle demeure une tentative raisonnable de catégoriser l’art visuel. Mais ce type de classement nous pousse à reconnaître une troisième catégorie : le langage visuel. Les pensées peuvent être exprimées par la parole, mais aussi visualisées à travers l’écriture. Et l’écriture n’est ni abstraite, ni figurative.
Appelons-la écriture-signe : un langage visuel sous forme de texte, de lettres, de signes, de symboles, de schémas ou de cartes. Un système inventé par l’humain, dont l’origine remonte à des images simplifiées (hiéroglyphes, etc.), mais qui dépasse la simple question de ressemblance. L’écriture est souvent négligée dans la peinture, car la plupart des peintres abstraits ont commencé par des portraits ou des paysages.
Lorsqu’on peint le langage, on fait naître une nouvelle forme d’abstraction : une abstraction non figurative, non géométrique, non numérique, presque vandale. Le sens de nos écritures urbaines ne réside pas dans les mots eux-mêmes. Il faut lire entre les lignes.
Dans les lettres et les empattements, les courbes et les volutes, les griffonnages et les calligraphies, s’entrelacent des couches de non-dits. Elles ont évolué, de l’écriture illégale à un style pictural que je suis fier de présenter dans l’exposition IMPULSIONS à la Galerie Liminal à Paris. »
Niels Shoe MEULMAN
Vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas.


Going down, 2015
80 x 60 cm, encre sur papier de murier artisanal de Thaïlande

Massage in a bottle, 2015
91 x 91 cm, acrylique et encre sur toile de coton

Distorted Stroke, 2015
80 x 60 cm, encre sur papier de murier artisanal de Thaïlande
BIOGRAPHIE
Niels Shoe Meulman est un artiste visuel dont la pratique picturale gestuelle porte les empreintes vives de la calligraphie et du graffiti. Fondateur du mouvement Calligraffiti, il a affirmé avec force que « le mot est une image et l’écriture, une peinture », ouvrant ainsi un nouveau champ d’exploration entre texte et abstraction.
Issu de la scène graffiti d’Amsterdam dans les années 1980, il échange avec des figures emblématiques telles que Dondi White, Rammellzee ou Keith Haring. Nourri à la fois par l’expressionnisme abstrait et l’art pop, il développe une approche singulière où l’énergie urbaine rencontre la rigueur du geste artistique. Travaillant essentiellement sur toile, il explore aussi d’autres formes, de l’installation conceptuelle à la poésie. Sa démarche, à la croisée des langages visuels et verbaux, continue d’étendre les contours de l’art urbain contemporain sur la scène internationale.
